• Difficile soirée dimanche

    Je racompagne Y. à son train après notre formidable week-end à Lille. Hôtel, ptit déj, shopping à deux (et oui, un homme qui aime faire du shopping ça vous embouche un coin non ? ;), restaurant, ballade en bateau sur la rivière, expo d'Art, ciné, expo-vente d'artisanat et de produits bio, ballade dans un magnifique parc et j'en passe ...

    Mais le retour à la réalité fut rapide. A quelques secondes près je ratais mon bus, le dernier qui était censé me rammener dans ma ville pour la nuit. Le dernier.

    Sur le moment je ne percutais pas, puis au bout d'un moment je me souvins que plus aucun bus ne passerait et je me résonnais à passer la nuit dehors.

    Un SDF me tournait autour depuis un moment. Il m'approcha, ce n'était pas Nico et ses deux chiens, hélas. J'aurais préféré que ce soit lui, il m'aurait montré où dormir en sécurité.

    Mais non, ce n'était pas lui. Lui s'approcha de moi en tenant un discours incohérent, il n'était pas ivre. Il était dans un autre monde. Sans doute atteint d'un grave dédoublement de personnalité. Sa voix intérieure me parlait, moi qui aimais pourtant bien les SDF. Celui là me foutait vraiment les j'tons.

    Il me menaça de mort. Me lança sa cannette de bière dessus sans parvenir à me viser. Je compris qu'il était dangereux et qu'il fallait que je m'en aille.

    Soudain il s'avança vers moi, je m'écartais. Il caressa la colombe sur l'affiche à côté de moi, il l'embrassa en lui disant qu'elle aussi elle allait mourrir parce qu'il allait la tuer.

    Je décidais de partir immédiatement. Mais partir pour aller où ?

    Où allais-je bien pouvoir dormir sachant que ce fou me tournait autour ? Et quand bien même j'arriverais à me poser dans un endroit, arriverais-je seulement à dormir sachant qu'il risquait de me sauter dessus pendant mon sommeil ?

    Je travaillais le lendemain. Finalement je du me résoudre à demander de l'aide. Mon téléphone presque sans batterie mais tant pis, je passais quelques coups de fil.

    Personne ne répondait au foyer. Ni M., mon ex amante. Seul L. répondit.

    J'étais génée d'avoir à l'appeler. L'appeler pour ça. Quel boulet décidemment. J'aurais voulu montrer que j'étais autre chose qu'un boulet.

    Nous ne nous étions pas revus depuis qu'il m'avait quitté. Bien sûr il était toujours là pour moi, comme avant. Amis amis. Il m'attendit. Après 40 minutes de métro j'arrivais chez lui.

    Nous n'osions pas trop nous regarder dans les yeux mais il me mit à l'aise. Je lui dis que je n'étais pas seule pour éviter tout dérrapage, il compris aussitôt. Me questionna. Acquiessa.

    Dix minutes plus tard il me confiait une couverture pour dormir sur le clic-clac. Je trouvais ça super de toujours pouvoir compter sur son amitié.

    J'étais sauvée. Sauvée mais terriblement énnervée d'avoir ratée le dernier bus. Stréssée, angoissée à l'idée de devoir dormir dehors. Pourtant c'était passé, j'aurais du me calmer. Mais impossible.

    Impossible de dormir. Plus les heures passaient plus j'étais énnervée. L'odeur de la litière de ses chats me donnait mal au coeur. J'avais envie de vomir. J'avais l'impression d'étouffer. E.T.O.U.F.F.E.R

    Suffoquer. Suffoquer dans ma haine. Toute cette rage qui reprenait le dessus sur moi. J'aurais presque voulu me tuer plutôt que de retrouver cette sensation que j'avais oubliée et qui me déchirais les entrailles.

    Le souvenir de ce passé maudit qui refait surface juste ce soir là. J'aurais presque préféré me tuer plutôt que d'avoir à ressentir à nouveau cette rage qui reprenait le dessus sur moi. J'aurais presque préféré.

    Épuisée je finis par m'endormir. Quelques heures plus tard le réveil sonna. Il fallait que je me prépare et que je reprenne le métro et le bus pour aller bosser dans la métropole.

    Dur dur. Il m'appela pour savoir si j'étais toujours là ou pas. Je me préparais brévement et fermais à double tour sa serrure et son verrou inversé avant de la glisser sous la porte.

    Je me souvenais notre dernière dispute. Ces mots tranchants qu'il m'avait dit. " Tu es complétement cinglée "

    Je les avais toujours en travers. Pourtant il m'avait évité de passer la nuit dehors. Pourtant il était venu à mon secours, mais voilà. Je lui en voulais toujours. Je fermais la porte et m'en allais. Je savais pourtant qu'il était réveillé et qu'il m'écoutait bouger en bas mais je ne dis pas au revoir. Je glissais juste la clé sous la porte, dans le silence de ma haine.

    Je repartais contrariée. Contrariée que ce week-end merveilleux ait si mal fini. Appeurée par ce SDF schyzophrène. Contrariée d'avoir du lancer un SOS à L.

    Contrariée d'avoir du lancer un SOS tout simplement. D'avoir du montrer une fois de plus mes faiblesses. D'avoir du demander de l'aide, moi, si indépendante. Si libre. Maintenant j'allais lui devoir quelque chose.

    J'aurais voulu m'en sortir toute seule mais c'était un peu trop risquée.

    Contrariée de ces retrouvailles un peu forcées. Ennervée intérieurement.

    Cette rage, cette immense boule dans le ventre était revenue. Toute cette colère que j'ai en moi.

    Je tentais de me maitriser. De contenir mes émotions mais impossible de me calmer.

    J'ai mis deux jours à la faire disparaitre. C'était difficile de devoir travailler avec cette rage dans le ventre.

    Difficile de faire preuve d'écoute et de patience. Difficile de ne pas m'énnerver, surtout avec cette envie terrible de me défouler physiquement sur quelque chose.

    Cette envie de frapper dans un mur. Frapper, frapper jusqu'à ce que j'en sois épuisée. Juste un objet.

    Je crois qu'il faudrait que je me mette à la boxe. Mais quand ? Où ? Comment trouver le temps ? Je ne sais pas trop.

    Faute de ne pas m'accorder le droit d'user de ma violence sur un objet innocent je m'asseyais dans l'herbe et me recroquevillais sur moi-même.

    J'écoutais le chant des oiseaux. Le calme de la nature. Une seule solution pour que ma rage s'en aille, laisser la nature prendre le dessus sur moi. Les arbres, les herbes, les oiseaux, la rivière.

    Puis je sentis ma jambe me brûler. Je m'étais assise dans les orties. Petite sote. J'avais mal mais je gardais ma rage pour moi.

    Dans l'après-midi je me rendormais de longues heures. Le manque de sommeil me rendait agressive. Il ne fallait pas. En aucun cas. C'est un métier où tout dérape si facilement à la moindre faille.

    Quelques heures plus tard je me réveillais, ça allait un peu mieux. Je décidais alors de profiter pleinement de mon repos pour rattraper mes heures de sommeil et de ne pas sortir.

    D'arrêter de courrir partout. De vouloir voir tant de Gens. De vouloir faire beaucoup de choses en si peu de temps.

    Je décidais de rester seule. De ne plus voir personne le temps de me calmer.

    Ce matin je n'ais pas mis le réveil. J'ai dormi jusqu'à midi. A 16h55 je suis sortie de ma chambre pour retourner travailler. Mon repos était terminé, j'en aurais voulu encore plus mais il ne faut pas exagérer. J'allais déjà beaucoup mieux même si c'était difficile de reprendre.

    Puis ce soir j'ai fait la liste de tout ce que j'avais à faire demain avant de repartir en voyage. Je ne sais pas si je vais pouvoir faire tout ça en si peu de temps. Tant pis, je ferais ce que je peux. Pour le reste ... Ils n'auront qu'à se débrouiller sans moi.

    Mon patron m'offre une semaine à Nevers pour me reposer et réfléchir sur ma vie, sur mon parcours jusqu'ici et sur les questions et décisions que j'ai à prendre.

    Je vais profiter de cette opportunité. Je crois que j'en ais bien besoin. J'ai l'impression de tourner au ralentis en ce moment, ou trop vite. D'avoir une vie tellement remplie que j'en use toute mon énnergie vitale. Je ne sais plus.

    J'ai besoin d'une ptite coupure je crois. J'en ais marre d'être surbookée et je n'arrive pas à décharger mon emploi du temps. Moi qui ne faisais rien de ma Vie avant, j'ai l'impression que cela m'est quasiment devenu impossible de rester tranquille.

    Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ? Il y a des Gens qui se plaignent d'avoir une vie trop vide, moi c'est l'inverse - elle est trop remplie, elle déborde.

    Réapprenez moi à me reposer, je suis épuisée.

     

     


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