• Il se traina devant moi

    Il avait si peu de force qu'il pouvait à peine bouger les roues de son fauteuil roulant pour avancer.

    Il me regardait fixement, je ne le connais pas, ou si depuis quelques minutes où je l'avais apperçu.

    Nous dansions tous ensemble, je sentais sa blessure. La blessure de ne pas être comme nous, de ne pas pouvoir se lever et danser.

    A plusieurs reprises il voulu participer avec nous, mais il n'avait pas assez de force.

    La danse se termina. Je me dirigeais vers une chaise et je m'assis.

    Puis son bras s'agrippa à moi, comme s'il voulait quelque chose, comme s'il me suppliait.

    Puis son bras agrippa la chaise à côté de la mienne, lui qui avait si peu de force, il la souleva et la jeta par terre.

    Perplexe je lui demandais ce qu'il désirait faire. Il ne parlait pas, il n'avait jamais parlé.

    Il s'agrippa à ma chaise. Puis à mes bras. Par instinct je ne lui refusais pas. Je compris qu'il voulait faire comme moi.

    Et son corps se mit debout, de toute sa force intérieure, de toute la volonté dont il était fait.

    Il marcha. Il se mit debout et marcha comme nous. Puis il se dirigea vers la chaise et me fis comprendre qu'il voulait s'y asseoir comme moi.

    Dans une chaise et pas un fauteuil roulant. Dans une chaise, comme nous. Et je le laissais faire car il était des nôtres, lui, handicapé mental et physique. Depuis que j'avais croisé son regard nous étions devenus amis.

    Et je savais que dans sa faiblesse il avait quelque chose à m'apporter. Dans la force de sa faiblesse.

    Et beaucoup d'Humanité. Ce soir là je compris que c'était là ma Vie, que je ne pourrais plus jamais redevenir la secrétaire chic aux multiples conquêtes et au maquillage superficiel que j'avais été.

    Ce soir je compris, que j'étais vraiment moi, la seule de mes facettes que je voulais laisser à la lumière pour éclairer ma Vie et éclairer celle des autres.

    Et ce soir là il marcha, comme nous. Comme un être humain, un être égal à nous. Et ce soir là il fut heureux d'être comme nous car lui aussi il trouva sa place auprès de nous. De la place et de l'Humanité, pas de la pitié et de l'assistance.


  • Commentaires

    1
    Sébastien
    Dimanche 23 Mai 2010 à 19:37
    Magnifique...
    Magnifique...le texte, les actes, les émotions, les sentiments, les prises de conscience, les décisions...tout est magnifique...
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